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18/02/2014

Manger tue

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Par Olivier Blond, Directeur éditorial Fondation GoodPlanet

Dimanche 2 février a eu lieu le Super Bowl, la finale de la ligue de football américain. Durant cette seule journée, les téléspectateurs américains ont mangé 1,3 milliards d’ailerons de poulet.

C’est un nombre dément, difficile à se représenter concrètement, mais qui illustre combien notre société et notre vie quotidienne reposent sur le massacre à grande échelle des animaux. Combien est-ce que cela fait au niveau de la planète ? La FAO ne compte pas en nombre d’animaux mais en tonnes de viande. 301 millions en 2012. Dont environ 100 millions de tonnes de volaille, soit … 86 milliards de poulets, 4 milliards de canards et 1 milliard de dindes tués en une année.

Chacun est plus ou moins au courant, et chacun peut se faire une idée de la réalité d’un abattoir, même si les images sont rares. Mais en général, on change vite de sujet. On détourne mentalement les yeux de ce sujet inconfortable.

D’une certaine manière, c’est comme avec le tabac. Chacun sait que c’est un poison, c’est marqué sur chaque paquet de cigarette : « Fumer tue ». Il y a des images atroces de poumons nécrosés, de bouches déformées, … mais cela n’empêche personne de prendre une cigarette et de l’allumer. Eh bien, Manger tue. Et manger tue même dans des conditions terribles, dans la quasi totalité des cas – il existe des éleveurs qui, à contre-courant des pratiques usuelles, font très attention aux conditions de vie de leurs animaux, et à la manière dont ils les tuent. Manger de la viande, c’est donc, dans la plupart des cas, participer un peu à ce système infernal. Chacun le sait mais cela n’empêche pas grand monde de croquer dans un steak.

Pour autant, condamner celles et ceux qui mangent de la viande est à la fois déplacé et contre-productif. D’abord parce que juger les autres est une posture faussement confortable. Mais aussi, et surtout, parce qu’il ne s’agit pas d’être ou de ne pas être végétarien. Ce n’est pas une question en tout ou rien. Manger un peu moins de viande, ce serait déjà bien. Et encore une fois, il existe des éleveurs exemplaires.

Comme avec les cigarettes, les habitudes de pensée font long feu. Comme pour la cigarette, aussi, les forces démesurées des lobbys freinent les changements. Et chacun sait aujourd’hui à quel point l’industrie du tabac a faussé le débat public. Mais les mentalités changent : allumer une clope au milieu d’une salle de classe n’est plus possible aujourd’hui ; c’est même choquant. Alors que c’était normal il y a 20 ans.

Reste que dans un pays de gastronomie comme la France, où le repas n’est pas seulement une activité biologique nécessaire, mais un fondement de notre vie collective, il faudrait pouvoir réfléchir et discuter de notre nourriture et de la manière dont elle est produite. Or, c’est étonnamment difficile. On passe vite pour un hurluberlu quand on discute en société du végétarisme.

La question de notre alimentation et du statut de l’animal commence doucement à sortir des limbes de notre esprit ou du débat public. C’était, entre autres, l’un des enjeux et l’un des intérêts du colloque « Nous et l’Animal », organisé par Ecolo-Ethik au Sénat (dans lequel Yann Arthus-Bertrand est intervenu, parmi de nombreuses personnalités).

A cette occasion, Yann a annoncé avoir écrit une lettre au Président de la République François Hollande, pour lui proposer, pendant la grande conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en 2015, de symboliquement changer l’alimentation des délégués : de faire des buffets végétariens, bio et local.

Car pour reprendre les mots de Rajendra Pachauri, co-président du GIEC et à ce titre prix Nobel, le geste le plus efficace et le plus simple que peut faire chaque citoyen pour lutter contre le réchauffement climatique est de manger un peu moins de viande chaque semaine.

Ce prochain sommet international de 2015 serait non seulement l’occasion de l’affirmer haut et fort, mais aussi de le mettre en pratique.

Lire le billet sur le site de Goodplanet

 

29/01/2014

Recommandation européenne sur les gaz de schiste: Une occasion manquée.

 

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Le texte européen est faible et non contraignant. Les défenseurs des gaz de schiste eux-mêmes devraient s'en plaindre, car seule une régulation forte permettra à la confiance de s'instaurer et au débat public de prendre place.

 

Par Olivier Blond, Directeur éditorial Fondation GoodPlanet


Le texte longtemps attendu de la commission européenne sur les gaz de schiste a été publié le 22 janvier. L'Europe avait l'occasion d'encadrer de façon précise l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste tandis que la situation évolue de manière rapide et diversifiée, avec deux pays qui interdisent cette pratique (la France et la Bulgarie), mais de nombreux autres qui s'avancent à grands pas, que ce soit la Pologne, le Danemark, le Royaume-Uni ou la Roumanie. La Commission a choisi de botter en touche en publiant des recommandations évasives plutôt que des normes contraignantes. Le document contient ainsi une liste de considérations vagues : la quasi totalité de ses 16 points commencent par « Les États membres devraient veiller à... »

Sans surprise, les écologiste regrettent ce texte faible. Pour ne citer que quelques réactions, Corinne Lepage écrit que “ L’absence de toute mesure législative sur les gaz de schiste est quant à elle proprement scandaleuse et injustifiable d’un point de vue juridique.” Les Amis de la terre et un collectif d’associations européennes écrivent dans une lettre ouverte à Jose Manuel Baroso : “Les promesses faites pour l’établissement de règles permettant un développement sécurisé des hydrocarbures non-conventionnels ne seront sans doute pas tenues. Cette situation est la porte ouverte à une violation permanente des principes de la politique européenne de l’environnement, des objectifs d’aménagement du territoire et des essentielles valeurs démocratiques européennes, voire des libertés fondamentales et des droits humains.”


A l'opposé, et sans surprise non plus, nombre d’acteurs du secteur de l’énergie se sont réjouis de cette annonce. C'est, par exemple, le cas de Shale Gas Europe, qui regroupe les principaux acteurs du secteurs sur le continent (Halliburton, Total gas shale Europe, Statoil,...).

Ce document marque en fait l'aboutissement d'une campagne de lobbying, dévoilée récemment lorsque fut publiée une lettre confidentielle de Ivan Rogers, le représentant britannique permanent auprès de l’Union européenne : « Notre stratégie à court-terme est de nous assurer que lorsque le Paquet Climat-Energie sera présenté, il contienne un solide guide. Ce dernier devra être proposé par le Royaume-Uni, il ne doit pas y avoir de proposition législative sur le schiste », écrit Ivan Rogers. L’objectif est donc de convaincre la Commission européenne d’abandonner son projet de réglementation sur les gaz de schiste au profit d’un guide, moins contraignant. »


Pour autant, du point de vue même des avocats du gaz de schiste, c'est une victoire trompeuse. Car des normes strictes et contraignantes sont aussi dans leur intérêt. En effet, l'obstacle majeur à l'exploitation des gaz de schiste en Europe n'est ni technique ni juridique, il est politique : c'est la réticence de l'opinion publique, échaudée par ce qu'elle comprend du bilan écologique de l’expérience américaine. C'est cette même opposition citoyenne qui a bloqué les OGM en Europe – elle n'a rien de négligeable.


L'enjeu est clair y compris pour Shale gas Europe : « Ensemble, nous devons faire tous les efforts pour construire la confiance du public et pour soutenir une régulation et des processus juridiques transparents. » Pour ensuite expliquer que les réglementations existantes sont déjà largement suffisantes et qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter. Mais il faudra plus que cela pour reconstruire un dialogue public sur les risques et les opportunités de l'exploitation des gaz de schiste. La confiance ne peut s'obtenir que si les entreprises montrent qu’elles acceptent de jouer leur rôle de manière responsable, c'est à dire qu'elles acceptent des normes exigeantes plutôt que de tout faire pour empêcher que l'Europe ne les établisse. Et elles ne peuvent pas reprocher aux ONG d’être obscurantistes ou anti-progrès si elles mêmes ne cessent de torpiller les tentatives de régulation.


Faute d'un débat équilibré et sincère, la situation risque donc de ressembler rapidement à celle des OGM ou du nucléaire : un affrontement où l'anathème prend trop souvent la place de l'argumentation et du débat. C'est pourquoi les avocats des gaz de schiste devraient être les premiers à défendre la mise en place de normes exigeantes ; c'est la seule manière de convaincre la population.

Et de ce point de vue, le texte de la commission européenne est une occasion manquée, y compris pour eux.

 

 

06/10/2013

Gagner la coupe du monde du climat

 

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Par Olivier Blond, Directeur éditorial de la fondation GoodPlanet

 

Dans l'effervescence qui a suivi la publication du rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), beaucoup de choses ont été dites. Mais une phrase amusante de Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, mérite une attention particulière.

Canfin a rappelé que la France allait organiser la conférence des parties sur le climat de 2015 (la COP, Conference of the parties). Qu'est-ce que c'est? Chaque année, l'ensemble de la communauté se rassemble pour un grand meeting international, qui est le temps fort des négociations internationales, mais aussi un moment de débats, de rencontres, d'échanges...

La COP de 1997 à Kyoto donna naissance au protocole du même nom, qui régule les émissions de gaz à effet de serre. L'échec de la COP de 2009 à Copenhague marque encore le mouvement international de la lutte contre le réchauffement. Depuis se sont succédés Cancun, Durban, Doha, Varsovie et bientôt Lima. Avec chaque fois des résultats décevants, même si par toujours complètements inexistants.

Le fait que la réunion de 2015 ait lieu en France est bien sûr important pour les ONG, les collectivités ou les entreprises françaises impliquées dans la lutte contre le changement climatique. En fait pour tout le monde. Le gouvernement veut en faire un succès, et la diplomatie française se mobilise sur le sujet. C'est une bonne nouvelle.

D'autant plus qu'il existe probablement une opportunité pour faire un succès (au moins relativement). La France possède un poids diplomatique non négligeable et surtout, les lignes de fractures sont en train de se déplacer. La Chine et un certain nombre de pays émergents ont pris conscience des enjeux et surtout mené des actions importantes. A la différence de ce qui se passait en 2009.

Pascal Canfin a rappelé que la COP Paris serait le plus grand événement international jamais organisé par la France. Il est vrai que ce genre de raout prend des proportions de plus en plus considérables. Ce sont désormais des dizaines de milliers de personnes qui viennent du monde entier!

Et le ministre de faire le parallèle avec la coupe du monde de football de 1998, dernier événement de taille similaire organisé par la France. En disant -et c'est la petite phrase que j'ai relevée- qu'il espérait que, comme on avait gagné la coupe du monde, on gagnerait la COP.

Je ne sais pas qui pourraient être les Zidane du climat; je ne sais pas ce que vaut l'équipe des négociateurs internationaux. Mais une chose est sûre: par delà les qualités de l’équipe de France de football, l'engouement populaire pour la coupe du monde a créé un formidable soutien à l’équipe de Didier Deschamps. De manière similaire, une mobilisation populaire importante pèserait dans les prochaines négociations.

C'est loin d’être le cas pour l'instant. Les gens sont démobilisés par la crise, pessimistes suite aux échec répétés des étapes précédentes des négociations, et sceptiques quand à la possibilité même d'une action réussie. Nous avons deux ans pour les convaincre du contraire. Et cette fois ci, notre équipe, ce n'est pas seulement les Bleus, c'est la planète toute entière

 
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