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06/08/2013

Des personnes non humaines

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Par Olivier Blond, Directeur éditorial de la fondation GoodPlanet

En France, les animaux sont des meubles. Comme des chaises ou des tables, leur propriétaire peut en faire ce qu’il veut. En Inde, les dauphins viennent d’être déclarés des “personnes non humaines”.

On reconnaît la grandeur et la valeur d'une nation à la façon dont celle-ci traite ses animaux”, disait Gandhi. Je connais peu la civilisation indienne et j’aime peu l’idée de juger ou de comparer des sociétés entières, mais cette décision historique, en même temps qu’elle trace des perspectives importantes pour les défenseurs des animaux, met en lumière une zone d’ombre majeure dans notre société française.

Quelle est donc la décision indienne?

Le ministère de l’environnement et des forêts indien vient de décider que les dauphins sont des “personnes non humaines”. A ce titre, ils ne doivent pas être maintenus captifs pour le seul plaisir des humains, aussi la construction des delphinariums est-elle désormais interdite dans le pays.

En un seul texte, ce n’est pas donc pas une mais deux révolutions qui viennent de survenir.

La notion de personne non humaine, tout d’abord. Les dauphins (et en particulier les grands dauphins, Tursiops truncatus, mais pas seulement eux) sont connus des scientifiques pour leur capacités intellectuelles exceptionnelles. Récemment, on a découvert qu’ils avaient une façon bien unique de siffler pour se faire reconnaître par leurs proches et de répondre lorsqu'un congénère les appelle: les dauphins ont des noms et les utilisent pour s’appeler entre eux. Mais ce n’est là qu’une des multiples capacités de ces animaux au cerveau extrêmement développé. Ils ont une forme de conscience de soi, peuvent se reconnaître dans un miroir, utiliser des outils et manier des concepts abstraits, par exemple. Tout cela a amené un groupe de scientifiques réunis récemment à Helsinki à signer l’appel pour les droits des dauphins et des cétacés. (http://www.cetaceanrights.org/)

S'inscrivant dans cet esprit, la décision indienne constitue une avancée majeure pour les défenseurs des animaux. En même temps qu’elle fait des dauphins des personnes non humaine, elle stipule que, “en tant que telles, les dauphins doivent avoir des droits spécifiques”. Bien sur pas les mêmes droits que les êtres humains, mais certains droits quand même. « Tous les cétacés, en tant que personne, ont droit à la vie, à la liberté et au bien être », écrivent les scientifiques de Helsinki.

Mais ce n'est donc pas tout. En reconnaissant aux dauphins le statut de personne non humaine, le Ministère indien a annoncé l’interdiction totale pour toute personne, organisation, agence gouvernementale, entreprise privée ou publique de créer un delphinarium impliqué dans l’importation et la capture de dauphins à des fins commerciales ou récréatives, privées ou publiques.

En effet, «la captivité peut sérieusement compromettre la survie des cétacés en modifiant leur comportement». Et il est “moralement inacceptable de les maintenir en captivité” pour notre loisir...

Par ailleurs, la capture des animaux pour les delphinariums est généralement une opération meurtrière. C’est par exemple le cas du massacre annuel de la baie de Taiji (décrite dans un film remarquable intitulé La baie de la honte) dans lequel un très grand nombre de dauphins est tué pour que quelques animaux soient capturés pour les delphinariums. Quant à la vie dans les delphinariums pour les animaux, elle ressemble à celle dans une prison.

En Inde, plusieurs projets de delphinariums ont donc ainsi été immédiatement arrêtés. (Il en existe 3 en France). Ce dont se sont bien logiquement félicités les associations de défense des animaux, et en particulier la FIAPO, fédération indienne de défense des animaux, qui a œuvré à cette décision.

Pour en revenir à la société française, quand est-ce que nous allons enfin prendre sérieusement en compte le statut de l’animal?

Il est temps que la situation change.

Commentaires

En parfait accord avec cette décision indienne, je crois qu'il faudra bien étendre cette notion de personne non humaine à beaucoup d'autres espèces...
Je pense à la plupart des cétacés, mais aussi, par exemple aux gorilles qui manifestent souvent, en captivité une véritable détresse (ou syndrome de dépression nerveuse, comme on voudra), ou aux éléphants, autres victimes intelligentes de la stupidité des grands singes que nous sommes.
Quel seront les critères ? La conscience de soi, de son individualité, probablement... Mais savons nous la mettre en évidence quand elle existe ?

"L'homme est venu sur Terre pour être témoin et miroir de la beauté du monde, ou alors, il ne sert à rien..." disait un philosophe. Respectons donc, au moins, ces espèces dont la conscience leur offre un certain regard sur cette beauté et sur eux-mêmes...

Écrit par : Philippe Crubilé | 07/08/2013

Il serait temps ! Avec toutes les preuves dont on dispose, le genre Tursiops est la deuxième espèce à avoir acquis une conscience de soi (se reconnait et reconnaît les marques sur lui dans un miroir, langage, oui, langage à variations en fonction des groupes), Preuve vivante que la théorie de l'évolution est la bonne, et que les espèces ont toutes le potentiels de développer une conscience de sont existence un jour, à condition quelle ne disparaisse pas d'ici là, et on assistera peut être à l’émergence d'un culture différente de l'être humain...

Écrit par : Anthony | 07/08/2013

Maintenant, reste à définir la limite...

Ca me rappelle la définition du vivant...

Écrit par : Yopsolo | 07/08/2013

article

Écrit par : bestiaiure | 07/08/2013

"Maintenant, reste à définir la limite..."

C'est complètement subjectif, la limite, ce n'est pas à nous de la définir, à partir du moment où la preuve d'une conscience qui s'est développé est prouvé, le status de l'animal change pour être au même niveau que le notre, c'est à dire que tuer un cétacé devient un crime, et qu'il faut notamment les protéger pour qu'ils ne soit pas utilisé comme arme de guerre, ou l'objet de chasse "d'études" par baleiniers.

"Ça me rappelle la définition du vivant..."

Sauf qu'il y a confusion entre conscient de la mort et conscience de soi tout court, basé sur un critère religieux qui n'entre pas en considération dans ce cas présent, entre l'hominidé et le cétacé, pour autant, cette différence n'est absolument pas déterminante quand au status qui doit être accordé a ces nouvelles personnes, malgré le fait que se soit des formes de vies différentes des nôtres...

Écrit par : Anthony | 08/08/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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